Quelques questions
reviennent souvent dans les conversations:
-
En quelle matière faites- vous
vos bijoux ?
Tous les matériaux peuvent être utilisés, l'important
dans la construction d'un bijou est la correspondance
entre les sensations qu'un porteur peut éprouver au contact de son
bijou,son aspect et ce que la personne veut montrer d'elle- même.
On comprend aisément que la palette des sensations est d'autant
plus riche que le catalogue des matériaux est grand. Les combinaisons
proposées sont infiniment plus variées et la syntaxe de cette
plastique est par conséquent plus
développée
que si l'on n'associe que quelques matériaux.
Personnellement, j'ai utilisé beaucoup de bronze et d'aluminium
avant de me tourner vers des matériaux plus durs comme le titane
et l'inox auxquels j'associe aussi bien de la fibre de carbone sous époxy
que du papier. Contrairement à ce que beaucoup de personnes s'imaginent,
le travail de ces matériaux est beaucoup
plus difficile que celui des métaux dits précieux.
-
Est-ce-que vos bijoux sont chers ?
Cette question est le plus souvent formulée sur le mode affirmatif
et traduit une inquiétude qui est la suivante: comment je fais pour
me repérer dans ce monde, inconnu pour moi, de l'art du bijou contemporain?
Une observation sérieuse montre que les fourchettes de prix sont
inférieures chez les créateurs de bijoux
contemporains
que chez les créateurs de bijoux traditionnels.
En ce qui me concerne, la gamme de mes prix se partage en deux. D'une
part les objets plutôt ludiques, issus d'une recherche mécanique
ou de l'expérimentation de techniques dont le prix moyen se situe
autour de 75 euros, et les bijoux plus élaborés, fruit d'une
recherche artistique dont le prix moyen se situe autour de 300 euros.
-
Les bijoux que vous faites ne sont-ils
pas importables?
On peut se promener nu ou très habillé,
vêtu de façon excentrique ou très sagement; pourquoi
n'aurait-on pas face au bijou le même éventail de possibilités?
Il est vrai que le bijou de créateur présente certaines particularités
dont celle d'être élaboré longuement et de répondre
à une attente particulière. Le porteur de ce type de bijou
détermine lui-même s'il a envie de s'investir dans l'image
qu'il va donner de lui grâce à ce bijou. Mon travail consiste
à produire un bijou qui soit une réponse personnelle de la
part du porteur à la question de
l'image
offerte aux autres. Une grande partie de mon énergie va servir
à réduire les empêchements physiques ou psychologiques,
culturels ou sociaux limitant le port de mes bijoux. Cela passe par du
discours, certes, mais aussi par une interrogation permanente sur la priorité
à donner dans mon travail: est-ce que je crée pour m'exprimer
ou est-ce que je m'exprime pour créer? De plus en plus, je m'exprime
pour créer un objet qui va permettre à d'autres (les porteurs
de mes bijoux) de s'exprimer.
-
Pourquoi ne voit-on pas davantage de
bijoux contemporain?
La France et l'Italie sont les parents pauvres
de cet art pour des raisons structurelles: peu d'écoles d'art sont
en effet dotées d'un atelier de bijouterie ou d'orfèvrerie,
ce qui ne permet pas de mettre sur le marché un contingent suffisant
de créateurs; dans les pays anglo-saxons en revanche, la majorité
des grandes
villes
entretient des écoles d'arts appliqués où peut être
proposée une formation d'un certain niveau technique et artistique.
Le corollaire est que (en France) le volume de bijoux n'est pas assez important
pour qu'un réseau de galerie même informel puisse assurer
une diffusion permanente du bijou avec toutes les contraintes liées
à ce genre de commerce: choix, roulement et gamme de prix.
-
Quelle formation faut-il suivre pour faire d'aussi
jolies babioles?
Les enfants nous donnent une bonne leçon
dans ce domaine: le bijou n'est pas une affaire de technique mais d'amour,
amour de soi, amour de l'autre, amour de la vie, et peu d'écoles
prodiguent cet enseignement. La consistance du travail est directement
lié, comme dans toutes les formes d'art, à la maîtrise
que l'artiste acquiert, à la façon dont il assume son histoire,
à la manière qu'il a de se construire. Parallèllement,
et c'est ce qui fait la spécificité du bijou, la qualité
de la relation au bijou, va dépendre de la personne qui porte cet
objet. Le spectre est large où
peut se vérifier cette concordance ou discordance entre la chose
faite et la chose portée, de l'artisanat le plus désuet à
l'art le plus conceptuel (sans opposer le moins du monde ces deux pôles),
de la fantaisie à
la
haute joaillerie, et la formation si brillante soit-elle ne garantira jamais
la pertinence ni même la qualité d'un bijou. Il est vrai également
que la maîtrise technique permet d'explorer des domaines inaccessibles
autrement. Pour cela, des lycées professionnels existent (par exemple
le lycée Edgar Faure à Morteau). Personnellement, j'ai suivi
les cours des Arts Décoratifs de Strasbourg section orfèvrerie
pendant six ans, que j'ai complétés par deux années
de philo et deux années d'histoire de l'art à l' U.S.H.S.
Une formation plus basique sous la forme d'un apprentissage classique peut
se révéler satisfaisante pour peu que l'on prenne soin de
ne pas s'en contenter et d'aller puiser ailleurs les éléments
qui vont faire naître un projet de vie.
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